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LE COMPAGNONNAGE AU POTAGER


Un jardin potager permacole diversifié au Costa Rica

Un principe essentiel en permaculture est la maximisation de la diversité et de la densité d’espèces végétales au sein de son système. Le meilleur exemple d’un système prouvant son efficacité est bien une forêt primaire. La fertilité naturelle d’une forêt est assurée par son propre fonctionnement alternant croissance végétale et recyclage de la matière. La diversité d’habitats et d’espèces apporte de nombreux avantages. La protection pour ses habitants, une multitude de microclimats, de l’eau et de la nourriture, la résistance aux maladies et aux conditions climatiques extrêmes, etc. Ce lien entre biodiversité et résilience a été mis en lumière depuis 1996 dans les milieux herbacés grâce au programme BIODEPTH (1) ainsi que dans les milieux forestiers (2). Ce principe s’applique également à l’échelle d’un potager.


Regardons ensemble les bénéfices apportés par le compagnonnage grâce à quelques exemples précis.



Le jardin-forêt : un écosystème pour exemple


Un jardin-forêt ou forêt nourricière est donc un jardin créé selon le modèle de la forêt naturelle. Il comporte différents étages de végétation allant des grands arbres jusqu’aux niveaux herbacés. Un autre des principes de la permaculture demeure de créer une production. Les variétés retenues sont donc :


  • Les grands arbres fruitiers ou à coques

  • Les fruitiers nains

  • Les buissons à baies ou aromatiques

  • Les plantes vivaces

  • Les légumes-feuilles, légumes racines, etc.


La forêt nourricière est conçue pour fournir une production alimentaire variée, mais également d’autres produits. Elle pourra ainsi produire :


  • Des plantes médicinales et des champignons

  • Des matériaux de construction, des fibres, ou des matériaux pour la vannerie

  • Du miel

  • Du bois de chauffage

  • Du fourrage pour nourrir les animaux

  • Du paillis pour le potager

  • Du gibier

  • Des produits de la sève, de la teinture et de l’huile.

Lorsque le système aura atteint une certaine maturité, cette multitude de produits sera obtenue avec peu d’efforts.



Un système inspiré de la nature en 7 strates différentes


Le pionnier du jardinage forestier en zones tempérées dans les années 1960 est Robert Hart. Il inventa un système complet.Inspiré de la forêt naturelle,celui-ci peut offrir de la nourriture et des habitats sur un espace tridimensionnel allant jusqu’à sept strates :

  • La rhizosphère ou dimension souterraine des légumes racines ou tubercules

  • Couche couvre-sol (fraisiers, luzerne, trèfle)

  • Strate herbacée (légumes et plantes vivaces)

  • Une strate buissonnante (ronce, viorne, cornouiller, fusain, framboisier)

  • Une strate d’arbres de taille moyenne (merisier, noisetier, prunellier)

  • Une strate d’arbres de haut jet (érable champêtre, chêne, frêne, aulne

  • Une strate grimpante sur ces grands arbres (lierre, vignes, houblon, kiwi).


Le jardin-forêt, une association bénéfique de 7 strates

Bill Mollison a rendu visite à Robert Hart dans son jardin-forêt de Wenlock Edge en octobre 1990. Les sept couches du système de Hart ont, depuis, été adoptées comme un élément de design en permaculture.



Maximiser la diversité et la densité au potager


Ce principe permacole s’applique à toutes les échelles. Même lorsque vous ne pouvez pas développer un jardin-forêt sur une surface suffisamment grande, vous devez essayer de maximiser la diversité et la densité dans votre potager. De manière similaire qu’en forêt, cela apportera des bénéfices mutuels aux différents êtres vivants au jardin. Les plantes en bénéficieront, mais également les insectes, les oiseaux, les vers de terre, les bactéries, les champignons, les lézards, etc. La présence de nombreuses variétés aux besoins et fonctions variées apporte les avantages suivants :


  • Un apport de nutriments (les déchets des uns sont les ressources des autres)

  • La création de microclimats

  • Le maintien d’une bonne humidité

  • La lutte biologique en attirant des auxiliaires ou en repoussant des ravageurs, etc.


Quelles sont les variétés les plus intéressantes à associer au potager ? Voici une liste non exhaustive. Gardez en tête que plus vous planterez de variétés différentes, plus vous en tirerez de bénéfices.



Liste de quelques compagnons intéressants au potager



La capucine (Tropaeolum majus)


Les capucines sont faciles à cultiver et apparaissent comme de véritables aimants à pucerons. De plus, elles sont jolies et les fleurs et feuilles sont comestibles.


Elles sont de bonnes compagnes pour de nombreuses plantes et notamment des radis, choux et arbres fruitiers. En effet, les capucines amélioreront leur croissance et leur saveur.


De plus, les escargots et limaces adorent cette plante. Lorsqu’ils s’attaqueront à ces capucines, ils laisseront alors vos salades tranquilles.




Source : Plants for a Future (PFAF)




Le lin (Linum usitatissimum)


Pour éviter que des colonies ne viennent dévorer vos jeunes plants de pommes de terre, alternez un rang de pommes de terre avec un rang de lin à fleurs bleues.


Elles sont également de bonnes plantes compagnes des carottes. Ses graines sont comestibles et vous pouvez produire de l’huile à partir de ces dernières.




Source : PFAF




Les œillets d’Inde (Tagetes patula)

L’Œillet d’Inde permet une lutte douce contre les nématodes du sol. Elles repoussent également les aleurodes (petites mouches blanches) pouvant proliférer sur les feuilles de vos tomates.


À planter donc au pied des tomates, mais également parmi les choux.



Source : PFAF




La bourrache (Borrago officinalis)


Source : PFAF

La bourrache, dont les fleurs sont comestibles, à la floraison bleue magnifique a l’avantage de se ressemer toute seule. Cette plante doit absolument être présente au potager. Ses fleurs sont riches en nectar et attirent les abeilles pollinisatrices. Elle est une bonne compagne des framboisiers, des tomates (repousse le sphinx de la tomate) et des courgettes.


Elle concentre également des éléments présents en petite quantité dans le sol, tels que potassium et calcium, dans ses parties végétatives. Une fois que les feuilles et fleurs de cette plante se dégraderont au pied, ces éléments se retrouveront disponibles pour être absorbés par les autres plantes. Elle est ce qu’on appelle une plante bioaccumulatrice et donc une excellente compagne.


Son seul défaut est peut-être d’être envahissante. Cependant, en respectant le principe de densité et de diversité, son expansion sera limitée par la présence en grand nombre d’autres variétés et d’individus.



Le souci (Calendula officinalis)

Le souci a pour réputation d’attirer les syrphes dont les larves dévorent les pucerons et de repousser les mouches blanches et doryphores. Plantez-les donc près des pommes de terre et des tomates*.


Le souci est également bioaccumulateur et mellifère.



Source : PFAF

* Attention cependant à ne pas planter les tomates et les pommes de terre ensemble. De façon générale, il est plus judicieux de ne pas associer trop de variétés de la même famille ensemble (dans ce cas deux Solanum). En effet, elles rentreront alors en compétition pour les mêmes ressources.



Le myosotis (Myosotis alpestris)

Le myosotis tient éloigné les vers des framboisiers.


En plus, elle est jolie et elle sent bon. Pour toutes ces raisons, cette fleur a toute sa place dans les potagers.





Source : PFAF



La phacélie (Phacelia tanacetifolia)

La phacélie est surnommée engrais vert au potager (comme la moutarde blanche ou le trèfle), car elle pousse vite et ses racines ameublissent les sols compactés. Elle fera un excellent couvert pour garder sa terre aérée et au chaud pendant l’hiver. Une fois la saison arrivée, vous pouvez couper cette plante à ras et de l’utiliser comme paillis. Sa décomposition redistribuera tous les nutriments pour les futurs plants et fera office d’engrais naturel.


Source : PFAF


Sa présence est également appréciée le reste de l’année par les insectes pollinisateurs. Une alliée de choix pour votre jardin.



La consoude (Symphytum officinalis)

Cette plante a été considérée pendant longtemps comme envahissante et proscrite au potager. Sa multiplication se fait très simplement en coupant ses racines, d’où une nouvelle plante repoussera aisément. Ainsi, lors d’un labourage intensif, ses racines se retrouvent essaimées en de nombreux nouveaux plants non désirés. Dans un contexte de jardinage en sol vivant, sans labour, l’expansion de cette plante est bien mieux contrôlée et c’est là que tout son potentiel apparaît.

Source : PFAF


La consoude est un excellent engrais vert, car elle pousse vite et donne rapidement de la matière organique pour pailler son sol. De plus, elle est bioaccumulatrice et sa dégradation va apporter du potassium, très apprécié des tomates par exemple. Vous pouvez facilement faire du purin de consoude comme engrais naturel.



Bibliographie


(1) Hector, A. et al. (2007) Biodiversity and ecosystem functioning : reconciling the results of experimental and observational studies. Functional ecology, 21, 998-1002.


(2) Thompson, I., Mackey, B., McNulty, S., Mosseler, A. (2009). Forest Resilience, Biodiversity, and Climate Change. A synthesis of the biodiversity/resilience/stability relationship in forest ecosystems. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, Montréal. Cahier technique no. 43, 67 pages.


Nous discutons de ces sujets lors des initiations à la permaculture sur 2 jours. Pour en savoir plus sur la permaculture, rendez-vous à la page des formations de TELLUS.

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